Le Musée du Père Noël
 

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Réflexion

Le marketing aurait-il tué Noël? Selon le conservateur du Musée d'ethnographie de Neuchâtel, Jacques Hainard :

«La tradition stricte s'est liquéfiée, mais des traces résistent»

Propos recueillis par Carole Pellouchoud
pour le magazine L'Illustré du 24 décembre 2001

On dit que les gens ont oublié le sens véritable des traditions de Noël.
Qu'en pensez-vous?

Effectivement, la tradition s'enseigne moins. Mais on vit sur des restes qui sont très forts. Les signes sont là. Sans qu'ils connaissent les origines ou la signification de la bûche ou des bougies, les gens conservent ces traditions. En revanche, peu sont conscients que cette imagerie du feu propre à Noël symbolise la lutte contre le froid et la préparation au renouveau de la nature. Cet aspect-là s'est bel et bien perdu.

La façon de fêter Noël a évolué au fil des siècles. Va-t-elle encore changer?
Je pense que le côté hypercommercial va durer. La société dans laquelle nous sommes engagés n'est pas près d'abandonner sa stratégie de marketing. Nous sommes actuellement dans une logique de récupération de tous les signes de tradition, quelle qu'elle soit, d'ici ou d'ailleurs, et cela afin d'alimenter notre envie de fêter. Halloween et la Saint-Nicolas sont des exemples de célébrations récupérées. Le temps est devenu une denrée complexe et nous avons une envie inconsciente de le rythmer, de poser des jalons, des repères. Halloween, Saint-Nicolas, Noël et Nouvel-An font du bien et aident à mieux vivre.

Ne pensez-vous pas que le marketing tue Noël?
Je ne dirai pas que ça le tue. Nous subissons le marketing, mais nous participons de la fête commerciale. Et Noël demeure tout de même souvent un repli sur quelque chose de plus intime: la famille. Nous ne fêtons pas Noël comme le Nouvel-An. Le réveillon est beaucoup plus public, plus excentrique, alors que Noël est plus secret, plus privé. On le fête avec une certaine retenue, et cette envie est liée à une tradition.

Ainsi, nous adapterions les fêtes à notre époque?
Exactement. Nous gardons les signes, mais nous les adaptons. Si vous prenez l'exemple du sapin en plastique avec les bougies électriques, vous avouerez que c'est tout de même le signe d'une belle adaptation, si j'ose dire! Il n'a plus d'odeur, plus de chaleur, mais pourtant il est là.
Et c'est la même chose pour le repas. Les gâteaux sont peut-être plus industriels qu'avant, mais on conserve tout de même des mets plus ou moins classiques.

Quel est le rôle du Père Noël?
Le Père Noël est un moyen de faire certaines transactions. D'être gentil avec les enfants en leur offrant des cadeaux tout en mettant un peu d'ordre en rappelant la morale et la discipline.
Claude Lévi-Strauss avait publié en 1952 un texte intitulé Le Père Noël supplicié. Il y raconte qu'à Dijon certaines personnes avaient brûlé le Père Noël sur le parvis de la cathédrale parce qu'il représentait l'aspect commercial de Noël. Le maire de la ville, qui était chanoine, avait dû intervenir politiquement et procéder à la réhabilitation du Père Noël. C'est vous dire... Ce sont des signes qu'on peut difficilement effacer et gommer. Lévi-Strauss explique également que, pour les parents, faire croire à leurs enfants que les jouets sont offerts par le Père Noël, c'est se donner un alibi pour les offrir à l'au-delà. Ce serait une sorte de «sacrifice à la douceur de vivre, laquelle consiste d'abord à ne pas mourir».

Et le Père Fouettard?
Il permet de recommencer une nouvelle vie. Après avoir été puni, vous avez la possibilité de recommencer en étant libéré de vos fautes et de vos péchés. C'est une sorte de confesseur grâce à qui on peut recommencer de zéro avec une nouvelle année. Finalement, on voit bien que toute cette tradition stricte s'est un peu liquéfiée dans la société d'aujourd'hui, mais néanmoins des traces résistent. Les pratiques se conservent. Et c'est bien cela qui est le plus intéressant.

Pour vous ,que signifie Noël?
Un bilan qui s'alourdit quand on vieillit. On fait le point sur son histoire de vie. C'est parfois un moment difficile parce qu'il comporte beaucoup de nostalgie, parfois des regrets. C'est une sorte de réexamen, d'auscultation de sa vie, de sa famille, de son environnement. On pèse le pour et le contre, la réussite et l'échec. Cette mise en balance caractérise fortement cette période de l'année.

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